Le jardinage, un art sacré en Chine

00547rLe jardinage est en Chine une discipline ancestrale qui figure, comme la calligraphie ou la poésie, parmi les arts sacrés. Loin d’être un simple passe-temps, le jardinage acquiert en effet une dimension artistique, symbolique et esthétique qui répond à de nombreux codes : derrière chaque combinaison et agencement de plantes se cachent bien souvent un sens et une invitation à la méditation glissés aux promeneurs avisés.

Des origines ancestrales

C’est sous le régime impérial, bien avant notre ère, que les jardins chinois ont vu le jour : érigés à la demande des souverains, ils étaient destinés à recréer la faune et la flore présentes sur l’ensemble de l’empire afin de symboliser le pouvoir et la domination de l’Empereur. Très en vogue pendant la dynastie Song (1127-1279), c’est pourtant sous les Ming (1368-1644) et des Quing (1644-1912) qu’il est associé à un art. Les riches marchands y voient également un moyen de profiter des bienfaits de la nature dans la ville. Ils y ajoutent très vite une dimension symbolique pour en faire un lieu hors du temps et du monde favorable au repos de l’esprit.

Jardiner en accord avec la nature

Les jardins ont dès leurs origines été considérés en Chine comme des moyens d’unifier la Terre et le Ciel en recréant un paradis ici-bas en accord complet avec la nature : il s’agissait d’en accepter les contraintes et non pas de les maîtriser. Etre en harmonie avec la nature, la sublimer et faire de ses imperfections des atouts sont aujourd’hui encore les maîtres mots des jardiniers traditionnels chinois. L’enjeu n’est pas de recréer des formes symétriques ou d’épouser de quelconques notions d’ordre mais davantage de jouer avec une nature en constante transformation : chaque saison ou nouvelle floraison sont autant d’occasions d’offrir aux promeneurs un nouvel univers à découvrir, de nouvelles émotions à vivre.

Les secrets de l’équilibre des jardins chinois

La spécificité des jardins chinois vient du fait qu’ils sont conçus comme de véritables spectacles : ils ne dévoilent leurs secrets que progressivement, au rythme des bosquets, des allés et coures traversés le promeneur.

Ils sont construits autour de deux éléments primordiaux : l’eau et la montagne. Ceux-ci structurent l’espace et y donnent un aspect symbolique : de l’eau, c’est le caractère insaisissable, doux mais actif de la nature qui ressort ; de la montagne, la stabilité et le repos. Les éléments constitutifs du décor sont également choisis avec minutie : les pierres et galets aux formes incertaines rappellent le caractère imprévisible de la vie (le wei) et les végétaux les valeurs chinoises fondamentales : amitié pour le saule, intégrité de l’homme pour le bambou, vitalité pour le pin ou encore renouveau pour le prunier. Les sculptures représentant des animaux ne sont pas en reste : le dragon fait en effet référence à l’empereur, la tortue à la longévité et le poisson à l’endurance. Les pavillons et kiosques aux allures discrètes et parfaitement intégrées suggèrent l’harmonie entre l’homme et la nature et invitent le promeneur à se poser et à entrer dans le calme méditatif des lieux.

Le jardinage chinois est un art à part entière qui invite concepteur et le promeneur à pénétrer dans le calme serein et oublié des derniers empereurs chinois.

Quelques jardins chinois à découvrir :

  • Zhuo zheng Yuan, Jardin de la Politique des Simples, Suzhou
  • Wang Shi Yuan, Jardin du Maître des Filets, à Suzhou
  • Palais d’été, Chengde
  • Lingyin, temple de la retraite de l’âme, Hangzhou

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