Koh Chang

Trois chiens pouilleux qui se reniflent le popotin, deux jolies vahinés qui sortent de l’eau habillées d’un voile diaphane, un alcoolique allemand allongé dans le sable une Chang Beer à la main et une autre en guise d’oreiller, un junkee pétardisé affalé sur le plancher du Zion Bar, les cocotiers qui frémissent dans la douce brise de cette fin d’après-midi.
« Welcome in Koh Chang !!! »
Tout à l’heure, alors que je me prélassais dans une eau turquoise à 27 °, j’ai vu un aigle surgir de la jungle, monter dans le ciel en tournoyant et disparaître dans la brume crépusculaire, tandis que le soleil couchant rougissait les îlots qui nous font face. La plage est cernée de palmiers et de cocotiers qui s’enfoncent dans un sable blanc et fin. Légère marée qui laisse découvrir plusieurs franges de sable qui brillent à s’en faire mal aux yeux.
Dans la petite paillote, là-bas, juste en haut de la plage, et juste avant l’impénétrable jungle, deux masseuses vous sourient, sans doute pour vous attirer. Good massaaaaaage ! Good massaaaaage !
« Welcome in Koh Chang ! »
Nous sommes au Tree House Long Beach , à l’extrême sud-est de l’île, sur une presqu’île plus exactement. Installés au pied d’une petite montagne couverte d’une jungle luxuriante, les pieds dans l’eau, notre petit bungalow a tout de la cabane de Robinson Crusoé. Des planches, quelques clous, des feuilles de palmiers tressées, des troncs d’arbres écorcés ou non, une natte en guise de tapis, bienvenue au bungalow N° 8 !!! Ici, tout est fait de bric et de broc. La salle de bain est juste un peu plus haut, perchée dans la montagne. Enfin! Salle de bains, je m’entends : quatre murs de pierres et de torchis montés à la « va comme j’te pousse », pas de toit, juste le ciel et le feuillage des grands arbres qui poussent tout autour, un grand bac de pierres, un tronc d’arbre avec quelques branches taillées pour accrocher sa serviette, sa trousse de toilette et ses vêtements, un miroir très kitch dans un coin, de l’ardoise disjointe en guise de carrelage, le tout en pente pour que l’eau s’écoule. Où ? On ne sait pas !… et une petite cuvette en plastique pour s’arroser et se doucher. Et j’oubliais la grosse pierre que tu coinces devant la porte pour la fermer !Spartiate, certes, mais amplement suffisant pour se laver (à l’eau froide, bien sûr) et s’en faire un joli souvenir pour ses vieux jours.
Revenons au bungalow !Une étagère pour poser ses affaires,( mais pas trop lourdes les affaires sinon…), un lit qu’est pas du Dunlopilo, ô que non ! une moustiquaire pleine de trous pour laisser passer les araignées noires et velues qui habitent sous le toit en feuilles de palmier, un éclairage basse tension qui ne fonctionne uniquement que de six heures à dix heures du soir … Et tout ça pour trois cents Baths la nuitée (au lieu de 250 parce qu’on a vu sur la mer et les rochers, oui Madame !), vous voici chez nous ! J’ajoute les bouts de bois pour accrocher la serviette , les mobiles faits de coquillages pour faire joli. Le hamac en tissu sur la terrasse attaché aux troncs d’arbres qui servent de pilotis…On n’est pas bien , Tintin ? Viendez !Viendez ! Mais entrez donc, s’il vous plaît ! Mais laissez vos sandales au bas de l’échelle, sinon vous allez mettre plein de sable partout !!!
Bon, c’est sûr, la moyenne d’âge des gens qui fréquentent le bout du monde est légèrement plus jeune que la nôtre. Beaucoup d’Allemands plein de bière, des Anglais tout blancs, des Espagnols qui fument, quelques Français qui râlent, bien sûr! On commence la journée vers midi, ça roule du pétard dans les cabanes ou sur la plage… et surtout au bar-restaurant-cafétéria- chenil-garde d’enfants- salle des fêtes ouverte à tout vent et face à la mer.
T’es assis sur un plancher plein de têtes de clous qui dépassent parce que la mer qui vient lécher les pilotis fait bouger la structure et que « ça sert à rien d’enfoncer les clous puisqu’il faut recommencer le lendemain! -Ben tiens ! – » Des nattes avec des jolies fleurs tressées, des petites tables basses, mais alors très basses, tout le monde se vautrent autour … à moins que tu ne trouves un hamac pour t’allonger. Il y a encore les guirlandes de Noël accrochées autour du comptoir. Des cadavres de Chang Beer qu’on aura bien le temps de ramasser un jour. On va rajouter des drapeaux de couleurs qui flottent au vent, une vieille rambarde en bois, la plage en dessous.
Patron ? Un café et … un « French Toast ». Cool Raoul ! Si tu sais pas que le café, faut aller se le servir soi-même, tu risques d’attendre longtemps. Sinon, pour le « French toast » tu peux être servi dans le meilleur des cas dans une heure ou … deux. Et si tu vas à la cuisine pour demander où en est la commande , on te répond gentiment que « ça va l’faire, quand on aura trouvé le couteau pour couper le pain et l’assiette pour le mettre dessus ». Ah! Ici ! C’est sûr : « C’est Zen !!!Cool Raoul ! T’es en vacances, fils, t’énerve pas des genoux ! Va t’en rouler un et reviens demain ! »
Ah ! J’oubliais les chiens, le reggae à six heures du soir (oui! Parce qu’avant : y’a pas d’électricité).

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